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Isabel Rioux est conseillère pédagogique et responsable des services aux entreprises au cégep de Baie-Comeau. À l’automne 2025, elle a fait appel au Pôle d’expertise interordres en formation à distance pour l’accompagner dans le développement d’un programme de certification collégiale à distance sur la cueillette et la valorisation des produits forestiers non ligneux. Nous l’avons rencontrée pour discuter de son expérience.1
Pouvez-vous me décrire le projet qui a fait l’objet d’une demande d’accompagnement?
J’ai contacté le Pôle d’expertise pour m’aider à développer une certification collégiale sur la cueillette et la valorisation des produits forestiers non ligneux (PFNL). Les PFNL, ce sont toutes les ressources autres que le bois qui se retrouvent dans la forêt, par exemple des bleuets, de la chicoutai, de la résine d’épinette, du thé des bois, différentes plantes médicinales. Puisque la clientèle visée était atypique, je voulais développer une formation autonome en mode asynchrone. C’est ce qui m’a amenée à demander un accompagnement au Pôle d’expertise.
À quels besoins ce projet répond-il?
Durant un colloque de la Table bioalimentaire de la Côte-Nord auquel j’ai participé, la question de la formation de personnes compétentes pour la cueillette et la valorisation des PFNL a été soulevée. Une mauvaise technique de récolte peut nuire aux écosystèmes et il n’existe, à ce jour, aucun programme de formation dans ce domaine. Je suis donc sortie du colloque en me disant qu’il fallait répondre à ce besoin par le biais d’une certification collégiale courte et ciblée qui s’adresserait à une clientèle adulte. Au départ, notre clientèle cible était principalement constituée de gens qui se trouvent loin des bancs d’école, par exemple les personnes qui travaillent sur une base saisonnière dans le secteur des pêcheries. Comme le programme intègre beaucoup de savoirs ancestraux issus du patrimoine des populations autochtones, qui forment une grande partie de notre public cible, la formation pourra aussi permettre à des personnes autochtones de renouer avec leurs racines.
Pourquoi avoir choisi la formation à distance (FAD) pour ce programme d’étude?
La Côte-Nord est un très grand territoire et la clientèle visée est tellement peu nombreuse et dispersée dans l’ensemble de la région que ça n’avait pas de sens de demander à tout le monde d’être disponible au même moment, pour se déplacer en personne au même endroit, à une fréquence régulière. La FAD asynchrone a donc toujours été considérée comme la meilleure option pour ce programme, pour que toutes les personnes intéressées puissent participer. Le programme fait aussi appel à une expertise très spécifique et rare. C’était donc préférable d’offrir la formation en asynchrone afin de pouvoir s’adapter aux disponibilités des personnes formatrices.
Comment le processus d’accompagnement se déroule-t-il jusqu’ici?
La directrice de la formation continue du cégep de Baie-Comeau et moi avons participé à une première rencontre avec l’équipe d’accompagnement du Pôle d’expertise. Ça nous a permis de mieux énoncer notre besoin et de faire approuver le projet. Nous avons utilisé le modèle ADDIE, qui définit les phases d’analyse, de développement, de design, d’implantation et d’évaluation. C’est un modèle qui est souvent mobilisé en éducation. Je suis passée à travers les premières étapes, soit l’analyse et le développement, avec l’accompagnement de deux technopédagogues de l’équipe du Pôle d’expertise. Ça m’a vraiment permis d’approfondir la réflexion. Nous en sommes actuellement à l’étape du design, mais le développement du contenu se poursuit en parallèle. Le cégep de l’Abitibi-Témiscamingue nous donne accès à son centre technopédagogique pour les enregistrements. Ils ont une équipe chevronnée qui a l’habitude de ce type de production et ils disposent de tout le matériel nécessaire, par exemple un télésouffleur et des caméras professionnelles.
Pouvez-vous me parler de la collaboration avec le cégep de l’Abitibi-Témiscamingue?
Dès que j’ai commencé mon accompagnement avec le Pôle d’expertise, j’ai compris que mon projet était de trop grande ampleur pour une seule personne. Aussi, je n’avais pas d’énormes moyens financiers. Après avoir mieux circonscrit mon projet, je devais donc trouver des partenaires pour m’aider. À ce moment, le cégep de Baie-Comeau collaborait déjà avec le cégep de l’Abitibi-Témiscamingue dans le cadre d’autres projets. Comme ils ont un centre d’expertise en technopédagogie, ça nous semblait être une bonne idée de développer un nouveau partenariat avec leur équipe. Après analyse, ils ont accepté ma demande. Le partenariat favorise aussi le transfert de connaissances : l’équipe du cégep de l’Abitibi-Témiscamingue travaille avec moi, je participe aux rencontres, j’ai accès à leurs outils et je suis au courant de leurs démarches. Ça m’amène à acquérir de l’expérience et des connaissances qui ont une grande valeur pour mon travail.
Jusqu’à maintenant, avez-vous rencontré des obstacles dans le cadre du processus?
Je me suis souvent sentie découragée en réalisant l’ampleur du travail à accomplir. En plus de mon travail habituel, je travaillais fort pour faire avancer le projet et, au départ, j’étais toute seule. J’ai même pensé tout laisser tomber à un moment donné, mais j’ai repris espoir, une fois que le cégep de l’Abitibi-Témiscamingue s’est joint à moi. Depuis que j’ai de l’aide, je vois une réelle progression : on produit les supports visuels, on développe le contenu, le projet est bien planifié, les étapes sont bien suivies et documentées. Je continue de ressentir un certain stress, parce que la bonne gestion du budget repose entièrement sur mes épaules, alors il faut que je demeure très vigilante.
Avez-vous retenu certaines leçons que vous aimeriez partager?
Je pense qu’il faut garder en tête que même si les résultats ne sont pas visibles ou chiffrables dès le début, le développement d’une formation comme celle-là est un investissement à long terme. Il y a beaucoup de travail à faire pour se lancer, mais éventuellement, on en récolte les fruits. Ultimement, il sera possible de répondre au besoin qui est à la base de l’initiative. Il faut que je me le rappelle, parce qu’avec l’ampleur du travail à accomplir au début, on peut finir par oublier l’intention de départ et l’objectif à long terme. Il faut y mettre du temps, du cœur et, éventuellement, on pourra constater les impacts positifs. Ça prend du soutien, des ressources et beaucoup de patience.
La certification collégiale sur la cueillette et la valorisation des PFNL du cégep de Baie-Comeau devrait être lancée en mai 2026.
1Les propos de la personne interviewée ont été édités pour des raisons de clarté et de concision, sans en altérer le sens ni le contenu.
Dernière mise à jour : 30 janvier 2026